Les procédés techniques

Cette page est consacrée à l’exploration du vocabulaire technique que nous utilisons de façon courante sur ce blog, une sorte de glossaire amélioré. Nous vous invitons à nous signaler d’éventuels termes, procédés techniques qui vous intérresseraient pour que nous les traitions.

Dripping/pouring :

Le dripping est un technique picturale rattachée à l’artiste Jackson Pollock ; pourtant il n’en n’est pas le premier utilisateur. Picabia,  Miró, Masson ou encore Paalen l’avaient déjà utilisés auparavant.

Même si dans la plus part des ouvrages et sites internet ce seul terme  de dripping, est en général mentionné , il est possible de voir figuré  également le terme de pouring.

Mais ces deux termes définissent-ils la même technique ? Est ce qu’il  en aurait un qui serait plus adapté pour décrire la méthode de  l’artiste ?

On dit le plus souvent que Jackson Pollock à partir de 1947, dans sa  période des all over, utilise la technique du drip, qu’il développe au  cour des années suivantes jusqu’au retour de la figuration.

Cependant ce terme de dripping n’est pas totalement exact pour définir  la technique picturale de l’artiste.

« To drip » signifie laisser un liquide tomber gouttes à gouttes, donc  égoutter.

Mais on remarque grâce notamment aux vidéos de Hans Namuth ( CF  vidéos), que Jackson Pollock effectue des gestes tantôt brusques  tantôt plus doux. Une gestuelle qui implique le mouvement du corps  entier. Ce qui ne correspond pas totalement à la méthode d’égouttement  et donc de dripping ;qui serait plus destiné à une technique où le  corps serait plus statique.

« To pour » signifie déverser, émettre en un ruissellement, faire ou  laisser un liquide s’écouler hors d’un récipient ; mais également  répandre ou verser abondamment.

Dans ce sens, la technique du pouring est plus à même de décrire les  effets dynamiques, qui donnent ces entrelacs de peinture  caractéristique à l’œuvre de Jackson Pollock.

On note également que le fait de déverser implique une opération  humaine, ce que fait l’artiste. Ce dernier terme est donc le bon mot  pour définir la technique artistique associée aux all over.

Le dripping est donc utilisé par erreur pour déterminer la technique  picturale de Jackson Pollock. Même si par moment cette méthode est  parfois exploitée par l’artiste, le pouring en reste la réelle  représentation de sa pratique artistique liée aux all over.

E.R.

 All Over :

Le terme de all over apparaît dans les années 50 avec la naissance de l’action painting. All over, qui pourrait se traduire par « partout », signifie, quand il est appliqué à la peinture, un traitement homogène de la surface de la toile, la peinture est déposée de manière égale. Le peintre ne fait pas de différenciation entre les différentes parties de la toile, toutes sont traitées de la même manière. La peinture ne semble pas s’arrêter à la matérialité physique de la toile, et donne une impression de hors-champs. Par ce traitement particulier, les codes traditionnels de la peinture sont rompus, le « figuré » n’est plus hiérarchisée, et la toile n’a pas de sens d’accrochage proprement défini.

Jackson Pollock, commence à utiliser cette technique en même temps que les dripping. Avec sa toile posée sur le sol, il tourne autour d’elle, et projette la peinture dessus, de manière spontanée et presque « inconsciente ». Comme nous pouvons le voir sur cette image, la peinture déborde de la toile, et n’a pas de sens de lecture prédéfini. Chaque parti du tableau fait donc echos à l’ensemble de l’œuvre.

 

L.B.

Les peintures fluides :

L’utilisation des peintures fluides marque profondément la création de Jackson Pollock.

Nous allons nous intéresser plus avant à ces peintures, aux évolutions qui ont vu le jour dans les années 50 et qui ont permis d’accroitre les possibilités créatives, et, à beaucoup d’artistes de varier leur utilisation de la matière.

Mais pour traiter cette question, tentons de répondre à celle-ci  : qu’est ce qu’une peinture fluide ?

Les peintures dites « fluides » sont en fait des dérivés de ce qu’on utilise aujourd’hui couramment en peinture : l’acrylique.

Revenons aux bases : la peinture se compose de deux éléments majeurs, que sont les pigments (naturels ou synthétiques) en poudre ainsi que les liants. La nature d’une peinture se définit par son liant. Les exemples sont nombreux, on peut citer  la tempéra qui est un mélange de pigments et d’œuf ; ou encore la peinture à l’huile qui est un mélange de pigments et d’huile végétale ainsi que l’aquarelle (pigments + eau)…

En l’occurrence, la peinture dite acrylique est un mélange de pigment et de résine acrylique ou vinylique qui confèrent une grande élasticité à la matière. Cette technique est indélébile, diluable dans l’eau et s’utilise sur tout les supports. Cette peinture est visqueuse, épaisse,  élastique et liquide, d’où sont appartenance aux peintures dites fluides. Contrairement à la peinture à l’huile, l’acrylique sèche très rapidement et permet donc à l’artiste de travailler rapidement par couche et de jouer sur les effets de matière et de surface. Cette peinture peut en outre être mélangée à toute sorte de matières telles que le sable, permettant d’infinis effets de matière.

Les premières peintures fluides sont industrielles. En effet, elles sont en premier lieu utilisées pour peindre les carrosseries automobiles  comme laques au début du XXème siècle.

La première peinture acrylique commercialisée est la peinture Duco®  qui révolutionne la peinture automobile. Elle permet alors de réduire le temps de peinture considérablement et surtout de varier la couleur des voitures qui étaient jusque là exclusivement peintes en noir.

La peinture acrylique en tube quant à elle est mise sur le marché par Liquitex®  en 1955 sous l’impulsion des artistes muralistes américains Diego Rivera ou David Alfaro Siqueiros qui sera d’ailleurs à l’origine de l’intérêt de Pollock pour les nouvelles matières. Il va étudier en effet dans son atelier en 1936 à l’Art Student League et se former à la fois à l’abstraction et aux motifs mexicains mais aussi aux nouvelles techniques picturales importées du Mexique.

Dans la plupart de ces œuvres, et en tout cas durant toute la période des drippings (1947-1951), Jackson Pollock détourne et expérimente les possibilités nouvelles qu’offre ce médium. Cela passe évidemment surtout via la viscosité et le caractère liquide de cette peinture, qualités qui permettent facilement de projeter la peinture sur la toile et d’en saisir les effets les plus exceptionnels.

Sa production faite majoritairement avant la sortie de la peinture acrylique en tube,  est donc exécutée avec la peinture Duco®  dont je vous parlais plus haut, détournant ainsi le médium industriel à des fins artistiques.

Enfin rappelons que cette introduction des produits industriels en peinture se retrouve  également chez d’autres artistes par la suite tel que Robert Rauschenberg et aboutira à l’introduction de l’objet et du matériau industriel brut au sein de l’œuvre d’art.

N.G.

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